L'architecte qui bâtit un pont entre Namur et la Chine

Fri, 06/25/2010

 

NAMUR - Nicolas Godelet, architecte d'origine namuroise, travaille à Pékin . Il était à Shanghai pour le séminaire développement durable du BEP. Rencontre.

Dorinne, petit village du Condroz namurois : 350 habitants environ. Shanghai et Pékin : 20 millions et des grosses poussières, nonobstant celles du brouillard de pollution qui y flotte en permanence dans l'atmosphère.

Le lien entre ces deux mégapoles et le petit bled ? Un nom : Nicolas Godelet, « Gejian » de son nom chinois. Né en Suisse, il a grandi dans le petit village de la commune d'Yvoir : « Un jour, sur la table du salon de chez mes parents (NDLR : Anne et Jean-Paul Godelet, les patrons du restaurant Le Vivier d'Oies, à Dorinne, plus ancien étoilé de la province de Namur), je suis tombé sur une photo de paysage du Turkménistan. Je me suis dit : « c'est là que je veux aller ». Pour ça, il n'y avait pas cinquante solutions, il fallait que j'apprenne le chinois. » Ce que le jeune homme, 20 ans à l'époque, a fait. À l'université de Louvain-la-Neuve, d'abord, où il étudiait pour devenir ingénieur civil. Et puis, avec ce premier bagage linguistique de trois ans derrière et son sac sur le dos, il est parti pour un premier voyage en Chine et il est tombé amoureux du pays : « Il y a tout ici. Les plus hautes montagnes du monde, des déserts comme celui de Gobi, qui m'a tellement fasciné que mon nom chinois vient de là (NDLR : lire par ailleurs) des forêts tropicales... et des villes gigantesques, bien sûr. » Il a conçu le tunnel sous l'eau de l'opéra de Pékin Des villes, ou des morceaux de villes, Nicolas Godelet en construit aujourd'hui.

De retour de ses premières tribulations joyeuses d'un Dorinnois en Chine, il n'en était que plus résolu à s'expatrier. Avec son double diplôme d'ingénieur et d'architecte, les portes se sont ouvertes : « J'ai commencé par travailler sur un projet de l'Université Catholique de Louvain-la-Neuve, avec le professeur Deherde. Ce projet « Architecture et climat » visait à définir précisément et complètement le concept de développement durable. » C'est d'ailleurs cette expertise dans le domaine qui amenait notre ingénieur-architecte à participer comme orateur à un séminaire du Bureau Économique de la Province sur le sujet. Il était organisé cette semaine dans le cadre de la semaine wallonne du pavillon belge à l'expo universelle de Shanghai. Nicolas Godelet avait fait le déplacement depuis Pékin pour témoigner de son expérience de travail comme architecte en Chine. Cela fait huit ans qu'il dessine des plans de gros projets architecturaux en Chine : « Au départ, J'avais obtenu une bourse du gouvernement chinois. J'ai commencé par avant tout m'intéresser aux gens, à essayer de comprendre le pays. La Chine est un pays de contrastes et de nuances qu'il faut du temps pour saisir. Au-delà même de la barrière de la langue, difficile à maîtriser. » Ce n'est plus un problème pour lui aujourd'hui, où il est parfaitement intégré. Il parle et écrit couramment et travaille tous les jours avec des collaborateurs chinois. Et le bureau d'architectes qu'il a lancé tourne plus que bien. Quinze personnes y travaillent. « En chine, les bureaux d'architectes comptent 100, 200, 500 personnes » nuance-t-il dans une modestie quasi-asiatique. Mais il a néanmoins déjà réalisé de fameux projets, comme l'armature métallique de l'opéra de Pékin. Un édifice qui ressemble à une gigantesque perle posée sur un lac : « On y pénètre en passant sous l'eau du bassin artificiel,avec le plafond complètement vitré, on a donc une perspective impressionnante. »

« Aller de l'avant, oser... »

L'architecte sino-dorinnois travaille en bonne partie pour les pouvoirs publics chinois. C'est-à-dire vite et en grand : « On a commencé et terminé en 100 jours un chantier de plusieurs milliers de mètres carrés, avec deux parcs, une place, un pont, une route, un centre commercial. En Belgique, tenir de tels délais serait impossible. Ça semble incroyable aux Européens. Ici, c'est normal. C'est dans leur mentalité d'aller de l'avant, d'oser entreprendre. En Chine, tout le monde travaille énormément. Personne ne veut subir le déshonneur d'être au chômage. C'est comme ça qu'ils le voient. Et s'ils ne trouvent pas le bon travail dont ils rêvent, ils prennent le travail qu'ils peuvent. » Nicolas Godelet n'a pas eu à faire ce choix de la raison, passionné qu'il est de son métier et manifestement conquis par la méthode chinoise.

 

(Samuel SINTE, L'Avenir)