Que l'Europe ne juge pas le modèle chinois

Fri, 06/25/2010

Le développement durable, de votre point de vue, c'est quoi ?C'est bien plus qu'un mode de construction et de conception des projets architecturaux. C'est un mode de consommation, de transport. Un mode de vie, en somme, qui respecte l'environnement et l'humain et donc, dans ce sens, durable dans le temps.Où en est la Chine à ce niveau-là dans son expansion ?Les recherches ont commencé il y a dix ans, mais il faudrait aujourd'hui que les pouvoirs publics chinois se donnent les moyens de le promouvoir. Actuellement, la plupart des projets immobiliers sont gérés en bonne partie par des promoteurs qui achètent des terrains, font construire, puis vendent. Du coup, la qualité n'est pas leur souci premier. C'est le bénéfice.On est impressionné par la vitesse de développement immobilier en Chine, dans des villes comme Shanghai par exemple, en permanente mutation. Des quartiers entiers sont rasés pour reconstruire des immeubles, soit de luxe, soit des HLM. On dit que c'est parce qu'ils ne soucient pas de leur patrimoine architectural. C'est vrai ?C'est complètement faux, au contraire. Ils ont une logique de classement des bâtiments très claire. Ils sauvegardent tous ceux qui ont une valeur historique ne serait-ce que parce que telle personne y a vécu ou que tel événement important s'y est passé. Ils conservent aussi les constructions représentatives d'une époque et d'un style architectural qui ont une valeur patrimoniale. C'est comme ça que tout le quartier des anciennes concessions française et anglaise à Shanghai a été préservé, pour ne citer que ça. Ils gardent aussi dans les restaurations les éléments qui ont un intérêt. Les façades, par exemple, derrière lesquelles on reconstruit du neuf. On ne fait rien d'autre en Wallonie. Dire qu'il n'y a que du neuf et rien d'historique à Shanghai, c'est totalement erroné. Ils ont rasé ce qui datait d'après les années 70.Vous parlez aussi de « mode de vie » dans le concept de développement durable. Mais la cohabitation entre la richesse de certains immeubles illuminés d'un côté et les HLM ou les quartiers très pauvres pose question. L'expansion économique, la vitrine de la Chine, ne se fait-elle pas au mépris d'une partie de la population ?Ça, c'est la vision qu'en donnent les médias occidentaux. Mais c'est un regard et un jugement qu'ils portent en venant sur place une semaine pour faire un reportage vite fait, sans chercher à comprendre les choses. La Chine est un pays de contrastes et c'est vrai qu'il y a un écart important entre une partie riche et une partie pauvre de la population. Mais est-ce tellement différent chez nous ? Ici, tout est aussi à l'échelle du pays, gigantesque.Et ces quartiers entiers qu'on exproprie pour les besoins des vitrines comme les JO ou l'exposition universelle ?Mais vous savez combien on propose à la mère d'un de mes collaborateurs qu'on exproprie de son immeuble parce qu'on va raser pour reconstruire ? 5 000 ? du m2. Ce n'est pas rien, ce n'est pas l'envoyer à la rue. L'Europe critique le modèle chinois, mais qu'elle commence par se regarder elle-même. Qu'on regarde aussi d'où vient la Chine en vingt ans et qu'on en reparle dans cinq ans. On verra où la Chine en est arrivée et ce que l'Europe est devenue. Et je ne suis pas sûr que la comparaison se fasse à l'avantage de la seconde.

 

(Samuel SINTE, L'Avenir)

References on the web: